La cigarette et le problème de la dépopulation

La liste des effets nocifs attribués au tabac est déjà plus longue que le catalogue des navires d’Homer. Ce poison agréable est tenu pour responsable de l’intermittence du pouls et de la palpitation du cœur; pour la dyspepsie, la gastralgie et la perte d’appétit; pour angine de poitrine, divers troubles de la vision, tendance au vertige, perte de mémoire, émoussement de la sensibilité et altération de la puissance motrice. Les tremblements et la toux obstinée sont également considérés comme injustes pour l’herbe nicotienne. On dit même que le fumeur endurci porte la marque de son habitude vicieuse sur lui dans la partie la plus intime de son anatomie, colorant ses os comme il fait ses pipes. Mais il défie, toutes les vaticinations d’oracles médicaux, et en effet comme il ne sent généralement aucune blessure il peut se permettre de plaisanter aux cicatrices. Une nouvelle Cassandre est cependant apparue récemment, en la personne de M. Le Juge de Segrais, de Luchon, qui, dans le numéro actuel des Archives, a déclaré que de nombreuses les fumeurs considéreront comme un sort pire que tout ce qui s’est encore prononcé sur eux. Il soutient que parmi les effets néfastes du tabac sur le système nerveux, il est peu probable que le fumeur verra ses propres enfants autour de ses genoux. Carlyle raconte l’histoire d’un écuyer de dames qui fut blessé dans un duel de telle sorte que, bien qu’il vécût plusieurs années après et rompit la plupart des commandements, il observa avec la plus stricte fidélité, pour la bonne et suffisante raison qu’une violation de cela était au-delà de son pouvoir. Si l’on en croit le Dr Le Juge de Segrais, une obéissance rigide au même commandement est parfois imposée au dévot de My Lady Nicotine. Il cite deux cas tirés de dossiers publiés, et plusieurs autres de sa propre pratique, dans lesquels l’impuissance résultait d’un tabagisme excessif. (BMJ 1902; i: 981)